À peine son engagement contractuel avec le Paris FC arrivé à son terme, le défenseur de 34 ans Timothée Kolodziejczak a choisi de poser de nouveau ses valises à Monterrey. Tombé littéralement sous le charme de cette métropole d'Amérique du Nord lors de son passage aux Tigres UANL en 2017, le joueur français profite désormais pleinement de ce pôle économique majeur situé dans le nord du Mexique, au sein de l'État du Nuevo Leon. Peuplée de plus de cinq millions d'habitants, cette immense agglomération se prépare à vibrer au rythme du Mondial, alors même que ses infrastructures de transport connaissent des mutations importantes. "Comme l'extension du Metrorrey aérien qui reliera le stade des Tigres à l'aéroport n'est pas terminée, soit vingt-cinq kilomètres, les gens ne marchent pas et prennent la voiture", constate avec pertinence l'ancien Lyonnais, ravi d'endosser le costume de guide touristique avant le très attendu seizième de finale qui opposera les Pays-Bas au Maroc.
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Subscribe Sekarang →Le voyage commence par le cœur historique de la ville, un secteur marqué par une dualité culturelle et sécuritaire propre à la région. Selon Timothée Kolodziejczak, la réalité locale impose une vigilance constante en raison du crime organisé : "Quand tu arrives en centre-ville, tu te retrouves dans le vrai Mexique. Avec tout ce que cela implique, notamment les narcos. Ils ont toujours existé et malheureusement ils existeront toujours. C'est ancré dans le pays. Tu dois faire attention dans la rue, ne pas mettre des choses de valeur en apparence, mais je ne me suis jamais senti en insécurité." Le Barrio Antiguo, quartier historique aux charmantes rues pavées et aux habitations coloniales colorées, abrite actuellement la maison du Mondial. Au-delà des zones d'ombre, le joueur retient surtout la chaleur humaine de la population locale : "Si cela ne s'est pas super bien passé pour moi niveau football aux Tigres, j'ai passé une année de folie avec DD. C'était un moment où je n'étais pas très bien dans ma vie, et j'ai senti l'amour des gens. Les Mexicains sont vrais, souriants et agréables."
Aux antipodes du centre-ville se dresse la Colonia Las Canteras, un secteur édifié à flanc de montagne sur d'anciennes carrières de pierre. Cet endroit offre une vision saisissante des inégalités sociales qui frappent le pays, ce que l'athlète qualifie poétiquement de "pauvreté en multicolore". D'après ses dires, l'observation de ce mode de vie précaire pousse à une profonde introspection sur le confort occidental : "C'est là que tu te rends compte du privilège incroyable que tu as d'être né Français, dans le plus beau pays du monde. Tu as pourtant l'impression que les gens sont plus heureux que nous. Ils ont beaucoup moins et profitent davantage de la vie." Malgré cette apparente joie de vivre des résidents, le quartier demeure une zone sensible où la prudence impose de ne pas s'aventurer.
Il suffit ensuite de franchir le tunnel de la Loma Larga pour changer radicalement de dimension et pénétrer dans San Pedro Garza Garcia. Ce secteur résidentiel de 130 000 habitants s'impose tout simplement comme la zone territoriale la plus fortunée d'Amérique du Sud, affichant un mode de vie calqué sur les standards des États-Unis. En raison de la proximité de la frontière texane, les multinationales y ont installé leurs sièges, à l'instar de Cemex ou de Femsa, propriétaire de l'équipe rivale des Rayados de Monterrey. "San Pedro, où nous vivons avec ma femme et notre petite fille, c'est l'île aux enfants. Il y a des jeux dans tous les centres commerciaux", explique le guide d'un jour, détaillant les enseignes insolites inspirées de la culture populaire comme le Barbie Dream Lounge ou le restaurant officiel du Real Madrid qui font face aux hôtels des délégations internationales.
Pour échapper à cette frénésie urbaine et industrielle, les résidents se tournent vers le parc naturel de Chipinque, situé sur la Sierra Madre Orientale. Ce havre de paix boisé et payant offre un panorama exceptionnel sur la vallée, malgré une brume matinale causée par la pollution atmosphérique. Le sportif apprécie particulièrement s'y ressourcer aux aurores, tout en restant conscient de la faune sauvage locale : "Le seul inconvénient, ce sont les ours noirs. Parfois, tu peux les croiser. Je ne préfère pas. Pendant le Covid, ils sont descendus en ville."
La visite s'achève par le cœur battant de la passion locale : les enceintes sportives. Si le somptueux Estadio BBVA accueille quatre rencontres majeures de la compétition internationale, les faveurs du joueur vont sans conteste à l'Estadio Universitario des Tigres, situé sur le campus public de San Nicolas de Los Garzas. Surnommé El Volcan pour son ambiance incandescente, ce stade mythique ayant accueilli des rencontres de la Coupe du monde 1986 incarne l'âme du football mexicain. Selon le défenseur, le ballon rond y est vécu comme une véritable religion intergénérationnelle, transformant cette arène historique en un lieu de communion unique au monde.
Observation de la rédaction : À travers le regard affûté de Timothée Kolodziejczak, Monterrey se révèle être une ville de contrastes absolus, où l'opulence industrielle côtoie la précarité des quartiers populaires. Alors que les projecteurs de la Coupe du monde s'apprêtent à s'éteindre sur cette métropole après l'affiche entre les Pays-Bas et le Maroc, la ferveur locale pour le football confirme que cette discipline demeure le ciment social le plus solide d'un pays profondément passionné.