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Diego Maradona 1994, du rêve à l'enfer : le retour du sauveur

Diego Maradona avec le maillot de l'Argentine lors des qualifications pour le Mondial 1994

Diego Maradona avec le maillot de l'Argentine lors des qualifications pour le Mondial 1994

Au coeur du Mondial italien en 1990, Diego Maradona annonce la couleur. Pas question de jouer en 1994 aux États-Unis : "J'aurai alors 34 ans (33, en réalité) et je serai trop vieux." Alors, écoeuré par la défaite en finale face à la RFA (0-1) et les huées romaines, il s'accroupit et il pleure. "Dieu" n'est plus qu'un enfant triste qui offre son chagrin en pâture et en mondovision.

Trois mois plus tard, un nouveau choc secoue le monde du football. Le numéro 10 du Napoli annonce sa "décision de ne plus jouer en sélection." Il en veut au président de la Fédération, Julio Grondona, de s'acoquiner avec celui de la FIFA, Joao Havelange, quelques semaines après la finale qu'il estime "volée". Selon les observateurs, c'est un coup dur pour le nouveau sélectionneur Alfio Basile, qui aura toujours l'intelligence de ne jamais lui fermer la porte : "Le maillot numéro 10 est à lui. Il l'attend. Je veux laisser du temps à Maradona. C'est un homme sous pression."

Le 17 mars 1991, mettant fin à la règle non écrite qui voulait que "Diego" ne soit jamais choisi pour les contrôles antidopage, des traces de cocaïne sont retrouvées dans son organisme après un match de Naples contre Bari (1-0). "Les griffes de la vengeance se sont refermées sur moi, écrira-t-il dans son livre Moi, Diego. Une vendetta orchestrée contre moi après que l'Argentine a battu l'Italie". Suspendu quinze mois, il quitte piteusement la ville qui l'avait fait dieu et où la justice le soupçonnait de participer à un trafic de drogue.

De retour à Buenos Aires, où il espérait trouver la paix, il est arrêté le 26 avril dans un appartement au lendemain d'une nuit de drogue et d'alcool. Sorti du lit, il apparaît mal rasé devant les médias, prévenus deux heures plus tôt. Il dénonce un "gigantesque coup monté" qui déloge de la une de l'actualité l'implication de proches du président de la République, Carlos Menem, dans le blanchiment de narcodollars. "Derrière les barreaux d'une prison ou confiné au septième étage de mon immeuble, je me suis promis de revenir sur le terrain", écrira Maradona.

À la fin de sa suspension, qu'il qualifie de "mois les plus terribles de [sa] vie", le 1er juillet 1992, alors qu'il traîne sa lourde silhouette pour de grotesques parties de foot dans des studios télé ou des matches de bienfaisance, Maradona refuse de retourner à Naples malgré son contrat. On l'annonce d'abord à l'OM, mais c'est à Séville qu'il fait son retour en septembre. Havelange et la FIFA, conscients que l'Argentin serait un superbe étendard pour le Mondial, obligent le club italien à transférer le joueur qui était prêt à tout arrêter si l'affaire ne se concluait pas.

À grands coups de lutte obstinée contre l'inactivité, le poids des ans et les kilos de trop, celui qui se définissait en arrivant en Espagne comme "le joueur n° 10 000" retrouve l'enthousiasme et la haute compétition, au point de rejoindre la sélection en février 1993. Basile le convoque alors pour jouer contre le Brésil dans le cadre du centenaire de l'Association du football argentin (AFA), qui vient de le consacrer meilleur joueur argentin de tous les temps. Deux ans et sept mois après la finale de la Coupe du monde, Maradona revient en sélection le 18 février, au stade Monumental. D'après les constats de la rédaction, l'attaquant n'est pas affûté mais hyper motivé. Il dispute son match le plus plein depuis son retour sur les terrains (1-1) avant de remporter, six jours plus tard, le titre intercontinental face au Danemark, champion d'Europe (1-1, 5-4 aux t.a.b.). L'Albiceleste porte son record d'invincibilité à 25 matches.

La belle histoire est en marche. Mais l'intransigeance du Séville FC, qui a tout fait pour empêcher ses retrouvailles avec la sélection et le fait filer par des détectives, lui gâche son bonheur. Et en juin, c'est le clash ultime avec Carlos Bilardo. Contre Burgos, l'entraîneur des Sévillans, son sélectionneur lors des Coupes du monde 1986 et 1990, lui demande de faire des infiltrations à un genou à la pause... avant de le sortir huit minutes plus tard. "Bilardo fils de pute !", lâche le numéro 10 devant les caméras. Le lendemain, il le cogne à l'entraînement. Fin de partie, avec "un seul match digne de lui, contre le Real", selon le préparateur physique, Fernando Signorini.

Vaincu par la pression, Maradona justifie : "Je ne peux plus suivre le rythme des entraînements et de la haute compétition. Je vais me trouver un autre club où je peux être tranquille." À son arrivée à Buenos Aires, il annonce : "Je ne veux plus entendre parler de football". Sans lui, l'Argentine conserve sa Copa America et entame les éliminatoires du Mondial 1994. En août, il n'a toujours pas de club et lâche : "Basile s'est gargarisé avec deux Copa America, il a déçu une personne qui a donné sa vie pour la sélection. S'il me convoque, je n'irai pas, même roué de coups de bâton."

La question est loin de se poser, jusqu'au 5 septembre, et ce cataclysme contre la Colombie à Buenos Aires (0-5) qui contraint l'Argentine à disputer les barrages contre l'Australie. "Si l'Argentine s'était qualifiée directement, je ne crois pas que Maradona aurait joué la Coupe du monde, se souvient le journaliste argentin de France Football, Alexandre Valente. L'idée, c'était qu'il était fini. Mais le pays était sous le choc. Donc on a fait appel à Maradona en sauveur. Même pas affûté, rien que sa présence rassurait. C'était un Dieu." Les observations de la rédaction confirment l'impact psychologique immense de ce retour sur tout un peuple en détresse.

Quatre jours plus tard, il signe avec les Newell's Old Boys et se rend en Uruguay, où un médecin chinois lui fait perdre dix kilos en quinze jours. Il engage aussi Daniel Cerrini, entraîneur de culturistes, et retrouve, début octobre, le Championnat d'Argentine sur le terrain d'Independiente, dans une liesse incroyable. Attendu par tout un peuple, il ne l'est pas de tous ses partenaires comme Fernando Redondo, qu'il traite de "fils de pute".

Maradona guide néanmoins les siens en Australie, arborant un brassard bleu avec le visage de ses deux filles offert la veille par sa femme Claudia pour ses 33 ans. Après Sydney et le but offert à Abel Balbo à l'aller (1-1), il y aura Buenos Aires et la qualification dans la douleur au retour (1-0). "Je suis heureux de prouver que je suis toujours vivant à ceux qui me croyaient mort", plastronne le capitaine. La route vers les États-Unis est encore longue.

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Journaliste Sportif Senior - Football & Analyses Tactiques

Jean-Luc Dubois est un journaliste sportif reconnu avec plus de 20 ans d'expérience dans le monde du football. Ancien correspondant à Paris, Londres et Madrid, il a couvert les plus grands événements sportifs : Coupes du Monde, Euro, Ligue des Champions et championnats nationaux. Ses analyses tactiques et ses reportages de terrain sont appréciés pour leur profondeur et leur précision. Passionné par le football européen et sud-américain, il apporte un regard unique et éclairé sur l'actualité sportive.