À l'occasion de la Coupe du monde 2026, replongeons dans les archives des grands entretiens du football. Longtemps après le Mondial 1978, le score fleuve de 6-0 infligé par l'Argentine au Pérou continue de hanter l'histoire du football international. Ce résultat, indispensable pour envoyer l'Albiceleste en finale aux dépens du Brésil, s'est inscrit dans un contexte politique lourd, empoisonné par les dictatures militaires de l'Argentin Videla et du Péruvien Morales Bermudez. Face aux soupçons persistants de pressions et de match arrangé, cette soirée de Rosario demeure l'une des plus controversées du sport moderne.
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Subscribe Sekarang →Au cœur de cette tempête médiatique et historique, un homme a focalisé tous les doutes : Ramon Quiroga, le gardien du Pérou, né en Argentine en 1950 et naturalisé péruvien. Dans un entretien exclusif, ce dernier revient avec franchise sur ce traumatisme. "Cela fait trente-cinq ans que je vois des journalistes de tous les pays venir m'interroger sur cet Argentine-Pérou du 21 juin 1978. Et ils finissent tous par me demander si, ce jour-là, je me suis couché ou si nous avons vendu ce match", constate-t-il, las de cette suspicion légendaire.
D'après les déclarations du portier, l'intégrité de l'équipe péruvienne ne devrait pas être remise en cause. "Je n'ai jamais été traumatisé par ce 6-0 pour la bonne raison que je ne me suis pas couché. J'ai passé une sale soirée et je ne pourrai jamais l'oublier mais, au cours de ces quatre-vingt-dix minutes, j'en ai aussi arrêté beaucoup d'autres qui auraient pu donner au score une allure scandaleuse. On a perdu, point final", tranche fermement Ramon Quiroga. Selon lui, les accusations portées par les Brésiliens ou par son propre coéquipier Juan Carlos Oblitas relèvent de la fiction.
L'ancien gardien préfère pointer du doigt les graves erreurs d'arbitrage commises durant la rencontre par le corps arbitral mené par le Français Robert Wurtz. "Ce que je sais, c'est que, sur les six buts, ils en ont marqué deux, par Tarantini et Luque, en position de hors-jeu. L'arbitre de ce match et un de ses juges de ligne, l'Italien Sergio Gonella, peuvent se tromper une fois, mais deux fois, c'était grossier. Et à eux, personne n'est allé demander des comptes", dénonce-t-il, fustigeant une performance arbitrale qui n'était pas à la hauteur de l'événement.
Observation de la rédaction : l'ombre des régimes autoritaires plane inévitablement sur cette compétition, bien que Ramon Quiroga minimise l'impact politique direct sur les joueurs. S'il admet que le fils du chef du gouvernement militaire péruvien a facilité sa naturalisation en 1977 pour combler un manque cruel au poste de gardien, il dément toute tentative d'intimidation dans les vestiaires, malgré la visite rapportée des généraux Videla, Massera et du secrétaire d'État américain Henry Kissinger.
Sur le plan purement sportif, Ramon Quiroga attribue le triomphe argentin au talent intrinsèque de leur sélection et à la gestion psychologique du sélectionneur Luis César Menotti. "Sur ce Mondial, l'Argentine, avec des joueurs de la qualité de Fillol, Passarella, Kempes, Tarantini, Luque, Ortiz, avait un equipazo. Elle était au-dessus des autres", insiste-t-il, balayant également d'un revers de main les rumeurs de dopage de l'Albiceleste, qualifiées d'histoires inventées par le Brésil.
Pourtant, des zones d'ombre subsistent en interne. Le matin du match, plusieurs joueurs péruviens ne voulaient pas que Ramon Quiroga soit titulaire en raison de ses origines rosariennes. De plus, les choix tactiques curieux de l'entraîneur Marcos Calderon, alignant des joueurs inhabituels comme Manzo ou Rojas, interrogent encore. "Je ne pourrai jamais prouver que lui ou un autre ont touché de l'argent, mais il y a un bon Dieu et lui, il sait", glisse le gardien, évoquant une forme de justice divine face aux destins tragiques de certains de ses anciens partenaires morts prématurément.
Aujourd'hui âgé de 63 ans, celui qui a survécu plus tard à un terrible attentat à la bombe à Lima en 1992 se dit pleinement en paix avec ses choix et son intégrité. Fier d'avoir défendu les couleurs de son pays d'adoption, Ramon Quiroga conclut avec émotion : "Je me sens péruvien. J'aime ce pays. Je suis arrivé ici à l'âge de 21 ans, j'ai bâti ma vie ici et j'en suis fier. Cette brûlure d'amour-propre liée au 6-0 ne s'effacera jamais, mais je n'ai rien à me reprocher."